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Le blog de Tout n'est que litres et ratures par Roger Feuilly

Au quotidien, la cuisine selon les saisons, les vins selon l'humeur, la littérature qui va avec, les bistrots et les restaurants, les boutiques qui nourrissent le corps et l'esprit, bref tous les plaisirs de bouche et de l'âme.

La cuisine moléculaire et Stendhal selon Philippe Berthier

AvecStendhal.jpgJe reçois ce jourd’hui une missive d’un ami qui fut – et reste - un Parisien amoureux de cette ville bien, qu’après presque six années en poste diplomatique, il est aujourd’hui retiré sur ses terres wallonnes. Ce piéton de Paris – c’est l’ami éternel Jean-Pol Baras – me livre un extrait d’un ouvrage qui fera sans aucun doute date. "Avec Stendhal" de Philippe Berthier, professeur de la Sorbonne, l’amoureux de Stendhal depuis plus d’un demi-siècle, l’éditeur de son œuvre dans la Pléiade, et également l’auteur d’une biographie virtuose, « Stendhal ». Je cite donc ce passage consacré à la cuisine qui me sied et me ravit : « Malgré tout le mal qu'il en a pensé et dit, Grenoble sur ce point lui a imposé un pli : celui des nourritures solides. Ah, le petit salé des bords de l'Isère ! Jamais il n'a retrouvé le même à Paris. Et rien de meilleur selon lui que les humbles pommes de terre, quand on sait les accommoder. Quiconque a tâté de la purée de Bernard Loiseau, et de son moelleux incomparable, véritablement corrégien, sait que la perfection suprême est dans l'absolue simplicité, si difficile à conquérir : voyez Bérénice. Stendhal garde un fond paysan venu du Vercors. Les raffinements des cartes parisiennes lui paraissent d'une complication un peu coupable. Qu'eût-il pensé des expérimentations moléculaires qui transformèrent les fourneaux en laboratoires et quêtent dans des combinaisons chimiques complexes des saveurs inédites ? Rien de bon, assurément. » Voilà donc une relecture amusante de Stendhal, celle d’un érudit qui devient quasiment beyliste, analysant les sujets de prédilection de l’ami Henri, des sujets d’aujourd’hui. Ainsi note-t-il aussi : « Je trouve extraordinairement pesante la chape d’intolérance que les professionnels de la tolérance et les coryphées du conformisme régnant étendent sur toute manifestation de « mauvais esprit », aussitôt taxée de « dérapage », comme s’il fallait obligatoirement suivre l’autoroute de la pensée unique. (…) Tout écart est aussitôt sanctionné, avec chasse à l’homme et appel au meurtre symbolique : Renaud Camus et Richard Millet en savent quelque chose. Quand on ne partage pas le catéchisme multiculturel, quand on ose croire que le terme « identité » n’est pas en soi un gros mot, on est aussitôt désigné comme la bête à abattre ». Ce livre raconte avec bonheur les affinités électives que Stendhal a toujours voulu entretenir avec des lecteurs dont il est devenu le maître à penser et à vivre. « Avec Stendhal », c’est le livre des beylistes d’aujourd’hui qui apprennent à réfléchir sur eux (par Philippe Berthier, Editions de Fallois, 2013, 18 €).

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